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Crainte vs respect

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korpnet

Bonjour

Je m'inquiète de certains discours familiaux que mes élèves de CM2 acceptent, défendent et valorisent auprès des élèves plus jeunes. Plusieurs parents ont dit à leur enfant qui va entrer en 6ème que, pour gagner le respect au collège, il faut cogner le premier qui fait un commentaire déplacé. 

Evidemment, je souhaite que la valorisation de ce type de discours cesse.

À force de discussion, il transparaît qu'aucun des élèves concerné ne fait la différence entre être craint et être respecté. Les débats sur ces thèmes ne portent pas leurs fruits. 

J'en appelle à votre aide : comment faire comprendre la différence entre les deux. 

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fleurdecorail

Difficile de contrer le discours parental ou environnemental... ils pèsent bien plus que la parole de l'école, à mon avis.

Et bien entendu, en tant qu'enseignante, je le déplore...

Je dirais :

- tenter de développer l'empathie en EMC, par la lecture de texte, des jeux de rôles etc.

- Tu peux leur passer ce petit film  et en discuter avec eux :

 

- L'idéal serait de mener une réflexion avec le collège de secteur. Par exemple, construire un projet avec des CM2 et des 6 emes. Quelle que soit la matière, cela permettrait de dédiaboliser le passage au collège et ferait peut-être avancer le schmilblick...

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Argon
Le 10/03/2019 à 10:33, korpnet a dit :

il transparaît qu'aucun des élèves concerné ne fait la différence entre être craint et être respecté.

 Oui, c'est malheureusement de plus en plus courant.

 

Le 10/03/2019 à 10:33, korpnet a dit :

Les débats sur ces thèmes ne portent pas leurs fruits. 

J'en appelle à votre aide : comment faire comprendre la différence entre les deux. 

C'est compliqué.  Pour moi, l'institution a une grande part de responsabilité dans le problème. Le respect, ce n'est ni une notion spontanée, ni quelque chose qui s'apprend par la théorie. C'est une notion qui s'acquiert par l'expérience et par l'imitation. On apprend à d'abord respecter en étant respecté, et en en voyant les bénéfices.

Or le discours institutionnel, celui de l'école comme celui de l'Etat est, en fait, de moins en moins respectueux de tout ce qui dévie de la doxa. Le "respect" n'est plus quelque chose qu'on manifeste, mais une doctrine qu'on impose. Il faut "respecter la différence", respecter tout un tas de "valeurs" supposément républicaines mais, concrètement, on en vient vite à une logique de "bons" contre "méchants", de "vraies" valeurs et de déviations scandaleuses. Et en cas de hiatus entre les valeurs familiales et celles de l'école, cela se traduit rapidement en termes de conflits d'autorité plus que de respect mutuel.

Le "débat" ne me semble pas être une réponse très pertinente, dans la mesure où, en l'absence d'arbitrage, il a toutes les chances de n'aboutir qu'à un constat de désaccord, argument d'autorité familial contre argument d'autorité familial. Et un arbitrage qui ne se contenterait d'ajouter un nouvel argument d'autorité, professorale ou institutionnelle, est pour le moins difficile à mettre en place...

Pour moi, une partie de la réponse réside dans un travail sérieux (et difficile, pour le maître) sur l'argument d'autorité, pour ne pas dire sur son refus. Les cours de sciences, et en particulier la démarche d'investigation, où l'on n'admet jamais rien sans avoir dûment examiné toutes les interprétations possibles, me paraissent le vecteur naturel de ce travail. Et plus tôt on s'y prend — typiquement, dès la grande section, où il n'y a pas d'enjeux d'apprentissage sur le fond , en sciences (ou en "découverte du monde"...) — mieux c'est...

"Comment savoir ? — On essaie !” est de ce point de vue un leitmotiv beaucoup plus respectueux des idées d'autrui, y compris des familles, qu'un matraquage des préjugés moraux du maître ou du Ministère...

 

La question de la violence est assez différente, mais en partie liée, à mon sens.  La société, et l'école, ont maintenant tendance à diaboliser toute violence, verbale ou physique. Ca présente l'inconvénient de faire disparaître toute progressivité, et il n'est pas très surprenant de se retrouver avec des comportement en tout ou rien, où "cogner", et cogner dur pour être craint, devient la seule alternative à l'acceptation passive de toutes les brimades, réelles ou ressenties, que les "petits" (dont l'expérience récente était d'être les "grands" à l'école !) peuvent être amenés à subir au collège.

 

 

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korpnet

Merci pour vos contributions. 

J'apprécie l'idée de la démarche d'investigation, pour avoir pu la mettre en pratique sur les principes d'équité et de justice (en cherchant à rendre juste un jeu sportif dont les règles initiales sont manifestement injustes, puis sur des situations plus abstraites). 

J'avoue que je sèche un peu plus sur la dualité crainte/respect (de même d'ailleurs qu'entre respect et distance), alors à part saisir toutes les manifestations de l'une ou l'autre dans le quotidien de la classe en guise d'illustration de ce qu'elles sont en espérant qu'on s'approche au final d'une bonne définition et distinction des deux... je creuse. 

 

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