Avec le nouveau programme de français du cycle 3, l’enseignement du vocabulaire occupe une place clairement affirmée. Il ne s’agit plus seulement d’expliquer quelques mots inconnus rencontrés au cours d’une lecture ou de proposer ponctuellement des exercices sur les synonymes, les antonymes ou les familles de mots.Le vocabulaire constitue désormais un domaine d’apprentissage à part entière, qui doit faire l’objet d’un enseignement explicite, structuré, progressif et régulier.Le nouveau programme de français, publié au Bulletin officiel du 17 avril 2025, est applicable au CM1 depuis la rentrée 2025 et au CM2 à partir de la rentrée 2026. Il définit quatre grands objectifs :enrichir son vocabulaire dans toutes les disciplines ;établir des relations entre les mots ;réemployer le vocabulaire étudié ;mémoriser l’orthographe des mots.L’objectif n’est donc pas seulement que l’élève connaisse davantage de mots, mais qu’il puisse progressivement les comprendre, les organiser, les mémoriser et les utiliser avec précision.Un enseignement explicite et régulierL’une des idées essentielles du programme est que l’acquisition du vocabulaire ne peut pas être laissée au hasard des rencontres.Bien entendu, les élèves découvrent constamment de nouveaux mots lorsqu’ils lisent une œuvre littéraire, étudient une leçon d’histoire, réalisent une expérience scientifique ou résolvent un problème de mathématiques.Ces rencontres sont indispensables, mais elles ne suffisent pas.Certains mots doivent être sélectionnés par l’enseignant et faire l’objet d’un véritable apprentissage. Le vocabulaire doit donc être travaillé à la fois :au cours de séances spécifiquement consacrées au vocabulaire ;dans les activités de lecture et d’écriture ;à l’oral ;dans l’ensemble des disciplines.Le programme prévoit ainsi, au cours moyen, que chaque élève bénéficie tous les jours d’un temps d’enseignement structuré et explicite du vocabulaire, en français ou dans les autres disciplines, selon une progression cumulative. La lecture contribue également quotidiennement à l’accroissement des connaissances lexicales.Une séance hebdomadaire de remémoration des corpus étudiés est également prévue.Cela ne signifie évidemment pas qu’une longue « leçon de vocabulaire » doive avoir lieu chaque jour. Le vocabulaire peut être travaillé pendant quelques minutes au cours d’une lecture, d’une séance de sciences, d’un rituel ou d’une activité d’écriture.Apprendre des mots en contexteLes mots nouveaux gagnent à être rencontrés dans un contexte qui leur donne du sens : un texte littéraire, un documentaire, une situation scientifique, une œuvre poétique, une activité de géographie…Prenons par exemple quelques mots découverts dans un poème décrivant un oiseau :mordoré – vermillon – incarnat – jais – doréIl est possible d’en donner immédiatement une définition aux élèves. Mais l’apprentissage sera plus riche si l’on commence par observer leur emploi dans le texte :Quelle partie de l’oiseau ce mot permet-il de décrire ?De quelle couleur pourrait-il s’agir ?Quels indices le texte nous donne-t-il ?Connaissons-nous un mot qui lui ressemble ?L’élève apprend ainsi progressivement à utiliser le contexte pour émettre des hypothèses sur le sens d’un mot inconnu.Au cycle 3, il doit également apprendre à mobiliser la morphologie des mots : radical, préfixes, suffixes, familles de mots…Le dictionnaire intervient alors notamment pour vérifier ou préciser une hypothèse.Ne pas apprendre les mots isolément : construire des réseauxLe lexique n’est pas une simple collection de mots indépendants les uns des autres.Les mots entretiennent de nombreuses relations :relations de sens : synonymie, antonymie, polysémie ;relations morphologiques : mots d’une même famille, préfixes, suffixes ;relations hiérarchiques : terme générique et termes particuliers ;relations d’intensité ;associations liées à un même domaine ou à une même situation.C’est pourquoi il est particulièrement intéressant de travailler à partir de corpus de mots et de construire avec les élèves des réseaux lexicaux.Un réseau consacré aux couleurs pourrait par exemple faire apparaître :ROUGE→ vermillon→ incarnat→ écarlateNOIR→ jais→ ébèneBLEU→ azur→ turquoiseLes élèves peuvent participer à la construction de ce réseau en cherchant quels mots peuvent être rapprochés et en justifiant leurs choix.Une carte mentale, une corolle lexicale, un tableau, une échelle d’intensité ou tout autre schéma pertinent peut servir à représenter ces relations. La représentation choisie dépend de la nature des liens que l’on souhaite faire apparaître.L’important n’est donc pas la forme graphique elle-même, mais le raisonnement lexical qu’elle permet.Exemple de réalisation d'un réseau lexical consacré aux couleurs :Des corpus plutôt qu’une succession de leçons déconnectéesTraditionnellement, une programmation de vocabulaire pouvait prendre cette forme :les synonymes ;les antonymes ;les familles de mots ;les préfixes ;les suffixes ;les niveaux de langue…Ces notions restent utiles et doivent être enseignées. Mais elles peuvent être envisagées davantage comme des outils permettant d’observer et d’organiser les mots que comme une succession de chapitres indépendants.Un corpus consacré à la peur pourrait par exemple comprendre :peur – crainte – frayeur – terreur – inquiet – effrayé – terrifié – épouvanté – craindre – craintifÀ partir de ce corpus, les élèves peuvent travailler plusieurs relations :Synonymie :peur – crainte – frayeurIntensité :inquiet → effrayé → terrifié → épouvantéMorphologie :craindre → crainte → craintifAntonymie :craintif <-> courageuxLes notions lexicales prennent ainsi sens parce qu’elles permettent aux élèves de mieux comprendre et de mieux organiser les mots qu’ils apprennent.Faire passer les mots du vocabulaire passif au vocabulaire actifComprendre un mot lorsqu’on le rencontre ne signifie pas que l’on est capable de l’utiliser spontanément.Un élève peut parfaitement comprendre le mot vermillon dans un texte sans jamais penser à l’employer lorsqu’il écrit lui-même une description.L’un des enjeux essentiels de l’enseignement du vocabulaire consiste donc à faire passer progressivement les mots d’un vocabulaire passif à un vocabulaire actif.Pour cela, les mots étudiés doivent être réemployés.À l’oral, l’élève peut être amené à reformuler, décrire, expliquer ou raconter en utilisant certains mots du corpus.À l’écrit, les mots appris peuvent devenir de véritables outils au service de la production.Après avoir étudié un corpus de mots permettant de préciser les couleurs, les élèves peuvent par exemple écrire le portrait d’un animal imaginaire en cherchant volontairement à employer des termes plus précis que rouge, bleu, jaune ou noir.Le vocabulaire prend alors tout son sens :les mots rencontrés dans les lectures deviennent des outils pour mieux écrire et mieux s’exprimer.Mémoriser suppose de revenir sur les motsUne séance unique ne suffit pas pour installer durablement un mot dans le lexique actif d’un élève.Les corpus doivent donc être régulièrement réactivés.De courtes activités peuvent être proposées :retrouver un mot à partir de sa définition ;expliquer un mot avec ses propres mots ;associer mots et définitions ;retrouver un synonyme ou un antonyme ;classer des mots ;compléter une phrase ;produire une phrase contenant un mot donné ;retrouver les mots étudiés quelques jours ou quelques semaines auparavant ;utiliser certains mots dans une production écrite.Ces activités peuvent prendre la forme de petits rituels ou de jeux lexicaux.Le nouveau programme prévoit d’ailleurs explicitement une séance hebdomadaire de remémoration des corpus étudiés.L’enseignement du vocabulaire devient ainsi cumulatif : les mots étudiés ne disparaissent pas une fois la séance terminée.Construire un outil lexical évolutifAu cours moyen, le programme demande également à l’élève de construire au cours de l’année un outil récapitulatif et évolutif, qui accorde progressivement une place importante au vocabulaire des différentes disciplines.Il peut s’agir d’un cahier, d’un classeur ou éventuellement d’un outil numérique.Mais un simple répertoire alphabétique n’est pas nécessairement la solution la plus pertinente.Puisque les mots sont étudiés en réseaux, leur outil de mémorisation peut lui aussi faire apparaître ces réseaux :DES MOTS POUR EXPRIMER LA PEURDES MOTS POUR DÉCRIRE LES COULEURSDES MOTS POUR DÉCRIRE UN PAYSAGEAUTOUR DU MOT « VOYAGE »LE VOCABULAIRE DE LA GÉOMÉTRIELE VOCABULAIRE DES VOLCANSCes pages peuvent être enrichies progressivement lorsque de nouveaux mots sont rencontrés.L’outil devient alors la mémoire lexicale de la classe et de l’élève.Le vocabulaire s’enseigne dans toutes les disciplinesL’enrichissement lexical ne relève pas uniquement du professeur lorsqu’il enseigne le français.Les mathématiques, les sciences, l’histoire, la géographie, les arts ou l’éducation physique apportent eux aussi leur vocabulaire spécifique.En géographie, les élèves rencontrent par exemple :littoral – densité – urbain – rural – agglomérationEn sciences :évaporation – condensation – dissolution – mélangeEn mathématiques :multiple – quotient – parallèle – perpendiculaireCes mots ne doivent pas seulement être définis : ils doivent être compris, employés et progressivement intégrés au vocabulaire des élèves.Le développement du lexique devient ainsi un objectif transversal à l’ensemble des enseignements.Une démarche en cinq étapesPour organiser concrètement cet enseignement, une démarche simple peut être retenue :1. RencontrerLes élèves découvrent des mots en contexte, dans les lectures et les différentes disciplines.2. ComprendreIls recherchent leur sens, formulent des hypothèses, utilisent le contexte, observent la formation des mots et recourent au dictionnaire lorsque cela est nécessaire.3. StructurerLes mots sont comparés, classés et organisés en réseaux : familles de mots, synonymes, antonymes, degrés d’intensité, catégories, polysémie…4. MémoriserLes corpus sont régulièrement repris grâce à des activités de rappel et de remémoration espacées dans le temps.5. RéemployerLes élèves utilisent volontairement les mots appris dans leurs productions orales et écrites.On peut donc résumer la démarche ainsi :RENCONTRER → COMPRENDRE → STRUCTURER → MÉMORISER → RÉEMPLOYEREn conclusionLe nouveau programme invite à dépasser une conception du vocabulaire reposant principalement sur des listes de mots ou sur une succession de leçons consacrées aux synonymes, aux antonymes et aux familles de mots.Il s’agit désormais de mettre en place un enseignement explicite, structuré, régulier et cumulatif, fondé notamment sur des corpus.Les élèves rencontrent des mots dans leurs lectures et dans toutes les disciplines, apprennent à en comprendre le sens et le fonctionnement, établissent des relations entre eux, les mémorisent puis les réemploient.L’objectif est finalement simple : permettre aux élèves non seulement de connaître davantage de mots, mais surtout de disposer du mot juste lorsqu’ils en ont besoin pour comprendre, parler, réfléchir et écrire.Textes officiels :https://www.education.gouv.fr/bo/2025/Hebdo16/MENE2504620Ahttps://eduscol.education.gouv.fr/6804/enseigner-le-vocabulaireArticle écrit avec ChatGPT